1er jour : Et voilà, depuis hier je suis en préavis, parti dans une période de reclassement suite à l’externalisation de la logistique dont j’étais le responsable d’entrepôt. Après 19 années dans une même entreprise, ce premier jour est un peu bizarre. On sait que l’on n’est pas en vacances, que derrière nous et devant nous se trouve la crise, et 8,6% de la population alsacienne qui cherche du boulot, comme vous. Putain, les temps vont être durs. Tu peux lire, de ci de là, tout ce que font les gens pour capter l’attention des employeurs. Toi, c’est une réalité que tu connais pas, et pour cause. 19 ans en arrière, t’étais encore au minitel, 3615 code Gretel, le boulot y en avait, bref, t’es déjà le dinosaure de l’emploi avant même d’avoir commencé à chercher. Avant de te virer, non pardon, avant de te mettre en plan de départ volontaire, ton ex-employeur t’a mis entre les mains d’un recruteur pour te formater à ton époque, à la nouvelle mode du CV épuré en trois dimension, de la lettre de motivation qui peut faire passer l’incompétent pour le sauveur de situation, bref, pour te donner toutes les armes qui te serviront à devenir ce que tu n’as jamais voulu être : Un imposteur. Toi, t’en est encore resté au gentil CV, honnête, droit, qui table sur ton expérience, ta capacité d’adaptation, ton intelligence de la vie et tu comptais sur l’intelligence de l’employeur pour t’embaucher. Maintenant, ton intelligence se mesure au nombre de diplômes que tu as dans tes bagages. T’es au fait de tout ce qui se passe, t’en a fait des tonnes, tu roules des mécaniques, ta un bagout à vendre de la glace à des esquimaux ? C’est bon, petit gars. Quoi ? En plus, Bac +5. Bouge pas, je vois que tes dents rayent le parquet, t’es la bête qu’il me faut. Six mois après avoir embauché cette « superbe perle rare », on se rend compte qu’il ne vaut pas plus que ce vent qui sort de vos fesses (j’ai voulu être poli pour ne choquer personne). Cette parenthèse étant faite, j’en suis donc à mon premier jour de préavis. J’en ai encore pour deux mois, puis je passerais à quatre mois de reclassement. Mon CV est en mode MODE, ma lettre de motivation (putain de lettre qui m’a donné des sueurs froides), est rédigée selon la méthodologie 2009 (merci le Web). Me voilà donc paré. En conclusion de ce premier jour, je dirais : Putain, c’était le premier jour.